Les dernières potières d’Ait Ouarzedine

Malika, de l’association Dena qui oeuvre pour le redynamisation des villages, le maintien de la population locale et la préservation des « savoir faire » en Algérie, nous raconte le travail des potières du village d’Ait Ouarzedine. 

Le témoignage ci -dessous est extrait d’un projet de film de l’association Dena. 

A travers ce récit, on comprend l’importance de préserver ce savoir faire ancestral… 

Elles s’appellent Ouardia, Melha, ce sont les 2 dernières potières artisanes du village d’Ait Ouarzedine. Habillées dans leurs tenues traditionnelles colorées, elles confectionnent plats, jarres, assiettes comme le faisaient leurs aïeules.
Quand on leur demande comment elles ont appris ce savoir-faire, elles répondent qu’elles ont regardé leur mère et leur grand-mère…
Elles répètent des gestes qu’elles ont vu faire. La transmission s’est faite de mère en fille, depuis des générations.
La modernité n’a aucunement altéré le procédé ancestral de fabrication. Les poteries sont les mêmes que celles qui existaient il y a 10 ans, 50 ans, 100 ans, 200 ans…
A l’approche du printemps, nos 2 potières arpentent les montagnes pour aller chercher leur matière première « la terre ». C’est la période idéale pour extraire la terre, pas trop humide ni trop friable.
Elles portent leur butin sur la tête.

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Arrivées dans leur « atelier » cabane de branchages dans le jardin couverte d’une tôle, elles nettoient la terre, retirent les brindilles pour extraire la partie argileuse.
Quand la terre a bien décanté, les femmes s’attèlent au travail de poterie.

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Les outils sont rudimentaires :
– Des fines branches pour les orifices,
– une pierre plate pour lisser,
– un seau d’eau pour humidifier.

Le façonnage des poteries reste complètement manuel par la technique dite des colombages. Même les jarres d’1 mètre de hauteur sont façonnées de la sorte. Des morceaux de terre modelés en forme de boudins sont superposés les uns après les autres après avoir été scellés au précédant en l’écrasant.
Une fois le travail achevé, les potières vaquent à leurs occupations ménagères. Elles reviendront sur leurs oeuvres dans quelques jours…
Les poteries sont sèches, Ourdia et Melha prennent successivement chaque poterie dans leurs bras, les poncent légèrement en les caressant amoureusement d’une pierre plate. Les parois doivent être bien lisses pour accueillir la décoration.
On devine des pinceaux, des poils de chèvre rassemblés moulés dans de l’argile. Il y a des couleurs, une pierre pâle pour la couleur ocre, une très sombre pour la coloration noire et une rouge.
On interroge Ouardia pour savoir ce qu’elle va dessiner ou représenter sur ses poteries. Elle ne sait pas, elle ne connait pas la signification des symboles qu’elle dessine. Elle répète des gestes vus et revus des décennies auparavant. Elle laisse le pinceau, la main, l’esprit, la guider…

Elle commence par le fond, elle badigeonne d’ocre ou de rouge.
Les potières nous invitent à revenir le lendemain, la peinture doit sécher.
Le lendemain, le travail artistique commence, Ouardia aligne les symboles sur les poteries spontanément. Elle ne sait pas ce qu’elle représente mais elle le fait sans hésitation. De temps à autre, elle fait une pause, puis retouche une figure, un losange mal fermé, rajoute un point… Ses gestes sont sûrs et maîtrisés. Quand la dernière assiette a reçu sa décoration, elle lève la tête vers nous avec un sourire de fierté.

Il reste l’ultime opération de cuisson. Les 2 femmes se concertent pour décider du jour. La cuisson se fait dans un grand feu de camp, il faut collecter les branchages, les bouses de vache sont déjà prêtes et empilées. C’est Ourdia qui s’affaire à la préparation du feu.

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Les branches sont disposées au sol en arc de cercle, progressivement jusqu’à atteindre un cercle de 3 mètres de diamètre. Quand les branches sont trop longues, Ouardia les casse habilement en prenant appui sur son genou. Les poteries à cuire sont disposées au centre du foyer. Les intrigantes bouses de vache vont servir à couvrir le feu pour le maintenir allumé le plus longtemps possible. Puis des branches sont ajoutées, disposées en épis.
Le travail de préparation est un véritable spectacle. Beaucoup de villageoises viennent y assister. Au moment d’allumer le feu, Ouardia semble nerveuse, elle a oublié le tissu rouge. La protection qui éloigne le mauvais sort et empêche les poteries d’éclater. Il y a une agitation, une jeune fille arrive en brandissant un tissu rouge. Il est hissé sur une branche.

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Le feu prend, la nuit tombe, c’est féerique. Des grillades sont improvisées, des pommes de terre sont jetées dans le feu.
Il y a un véritable air de fête dans ce rituel de cuisson.
Quand le feu est complètement consumé, les potières dégagent les poteries avec soulagement. Il n’y a pas de casse, elles sont toutes intactes !
Pour finir, les poteries doivent être vernies à la résine de pin, mais à Ait Ouarzedine, les poteries ne sont pas vernies. Elles restent à l’état brut..

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Une réflexion au sujet de « Les dernières potières d’Ait Ouarzedine »

  1. Azul fellawen. Merci à ces deux femmes de notre village de Aït Ouarzedine (Ayt Warzdin ) de conserver celle tradition et ce savoir faire. J’espère que la relève est assurée pour ne pas perdre notre mémoire et nos racines.Manger dans un plat en terre cuite n à rien à voir. Le bon goût des aliments est multiplié par dix . Ar tufat.
    ..Aâmar Le castor

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