Symboles dans l’artisanat kabyle

D’après l’article de Youssef NACIB, Aspects magico-symboliques dans l’imagerie artisanale du Djurdjura

En plus de leur aspect utilitaire ou esthétique, les objets artisanaux kabyles ont aussi eu une fonction magico-religieuse, réconfortant non plus le corps mais l’âme des ruraux. Le langage symbolique de ces œuvres a permis à cette culture antique de franchir les siècles. Par-delà l’émotion esthétique procurée par ces productions, nous sommes en présence de tout un code de normes sociales et de valeurs éthiques. Une fibule ne se porte pas seulement pour sa beauté, mais elle peut aussi contenir un talisman protecteur ou indiquer que la jeune fille qui la porte est promise. Les motifs décoratifs sont porteurs d’idées riches et nombreuses, de représentations philosophiques du monde, de la vie, de la mort, du travail, de l’espérance.

Ornement géométrique et alphabet

La décoration de l’artisanat kabyle s’appuie sur quelques leitmotivs. Le premier est la figure géométrique. Triangles, losanges, chevrons, médaillons, croix, cercles et lignes droites se retrouvent invariablement. Au niveau des couleurs, le rouge, le jaune et le noir sont les trois teintes les plus employées.

On peut remarquer que certains motifs décoratifs présents sur les bijoux, poteries et tissages ressemblent aux caractères de l’alphabet tifinagh (alphabet utilisé par les Berbères). Il se compose de lettres qui sont principalement des lignes géométriques : angles, points, lignes droites, cercles, arcs de cercles, ovales. Etant donné que la civilisation amazigh s’est épanouie sans avoir généralisé l’usage de l’écriture, l’art et l’artisanat populaires demeurent la voie d’accès privilégiée vers ses premiers messages. Ils sont imprégnés de philosophie et de sacré. L’utilisation des caractères de l’alphabet tifinagh n’est pas seulement due à une volonté esthétique, mais traduit aussi l’affectation de sens plus ou moins ésotérique à des signes de l’alphabet. En recourant à ces signes, l’artisan fait remonter à la surface des résurgences antiques (l’alphabet tifinagh était pratiqué avant l’avènement de l’Empire romain en Afrique) et médiévales (les tapis et mosquées des dynasties berbères du Moyen-Âge possédaient aussi cet ornement géométrique). De plus, le motif géométrique possède une autre vertu : offrir à une société analphabète la transmission d’un message culturel (la géométrie permet des régularités constantes) ainsi que l’expression (sans être explicite) de tout l’univers féminin inaccessible aux hommes.

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Alphabet tifinagh

L’importance de la fécondité

La fécondité est symbolisée de plusieurs manières par les artistes kabyles : sous la forme d’une poitrine féminine portant deux points noirs au-dessus ou au-dessous des seins ou encore par un point isolé entouré d’un cercle (il symbolise la vie portée et donnée par les femmes). C’est ainsi que potières et tisseuses exprimaient par le dessin leur vécu biologique et leur condition sociale (la femme stérile était à l’époque marginalisée, car la naissance d’un enfant, mâle de surcroit, signifiait une réduction potentielle des défis et des périls). Au-delà du dessin, la forme même de l’objet peut avoir une signification ou être investie d’une fonction magique et superstitieuse. Ainsi la lampe à huile d’autrefois de chez les Aït-Venni évoquait-elle par sa forme un accouplement humain très stylisé, auquel cas la partie essentielle de la lampe représenterait une femme debout relevant ses jupes tandis que la partie renflée du corps de la lampe serait le ventre de la femme (encore un symbole de fertilité).

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Source : Le guide de la culture berbère, par Mahand Akli Hahhadou

Un bestiaire riche et varié

Dans la poterie kabyle, le taureau représente la reproduction biologique. Sur des céramiques, on peut observer des pictogrammes l’associant à la lune, elle-même symbole de la féminité et de la nuit (quand le soleil représente la virilité et le jour). Ce couple taureau-lune est le pendant du couple ciel-terre que l’on retrouve abondamment dans les motifs décoratifs berbères, transcription cosmique de la fertilité.

En plus du taureau, d’autres animaux ornent les productions artisanales kabyles. Le bélier (autre transmetteur de vie), le serpent (péril, angoisse et mort, mais aussi l’emblème masculin arrogant dressé face à la fragilité féminine), les oiseaux (hirondelle et perdrix sont en particulier des objets de vénération, la première en raison des légendes en faisant un animal aimé du Prophète, la seconde symbolisant la grâce, la fragilité et l’amour maternel et étant l’archétype de la femme idéale, avenante et aimante, par opposition à la poule, sotte et maladroite), l’araignée (alors que le Prophète était poursuivi par ses ennemis, elle aurait tissé une toile à l’entrée de la grotte de Hira, le soustrayant à l’agressivité et l’impiété de ses poursuivants), le lézard, le poisson, l’abeille, l’escargot, le scorpion, sont autant d’animaux qu’on retrouve sur les productions artisanales kabyles.

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Source : Le guide de la culture berbère, par Mahand Akli Hahhadou

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