Archives mensuelles : novembre 2015

La vannerie

Moins connu et médiatisé que les poteries, bijoux et tapis, moins pratiqué également, l’artisanat traditionnel de la vannerie (l’art de tresser des fibres végétales pour fabriquer des objets variés) constitue néanmoins une richesse patrimoniale de la Kabylie. Production tant utilitaire que décorative, la vannerie permet  à de nombreux foyers d’arrondir leur fin de mois, dans une région montagneuse limitant le travail de la terre et l’élevage du bétail.

Les principaux lieux de production de la vannerie sont Djemaâ-Saharidji, Tizi Ouzou, Aïn Maziab, Aït Aggouacha, Bord Menaïel et Dellys.

Les fibres végétales utilisées sont de plusieurs sortes. Du fait de la disponibilité de l’alpha, du raphia et du palmier nain la vannerie connait un développement important en Algérie. L’alfa sert notamment à la fabrication d’ustensiles de cuisine (plats et dessous de verres, ronds de serviette, plateaux, coquetiers, coffrets pour dattes) pour les nomades car elle est légère à transporter. La vannerie en alpha et raphia est pratiquée par les femmes.

L’osier fut ensuite employé lors de son introduction par les colons français, plus souple, plus pratique, plus esthétique aussi, il permet d’élargir la gamme des produits de la vannerie (grosse vannerie – coffres, fauteuils, paniers, corbeilles à linge, à pain, à fruits, berceaux et landaus, vannerie de décoration…) Le roseau est employé pour la confection de grandes corbeilles et pour les nattes servant à la consolidation des plafonds des maisons traditionnelles. La vannerie en roseau emploie une main-d’œuvre masculine.

Pratique millénaire, mais pratique en voie d’extinction à l’instar des autres domaines de l’artisanat traditionnel, son déclin est dû à plusieurs facteurs : manque de matières premières obligeant à importer (et donc augmentation des coûts), contraintes de la commercialisation, vieillissement des artisans sans que la nouvelle génération ne prenne la relève, manque de perspectives économiques, concurrence de produits plus modernes et standardisés.

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Retour sur notre soirée de soutien aux artisan(e)s de la région de Tizi Ouzou

En partenariat avec l’Association Amazigh qui a mis à disposition ses locaux, Touiza Solidarité organisait le vendredi 6 novembre un pot festif de soutien aux jeunes artisanes et artisans de la Wilaya de Tizi Ouzou en Algérie dans le cadre de notre campagne de financement participatif (crowdfunding) du projet CODESOL.

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Nous tenons avant tout à remercier chaleureusement l’ensemble des personnes qui nous ont fait le plaisir de venir et de témoigner par leur présence leur soutien à notre projet.
Nous remercions en particulier l’Association Amazigh qui nous a permis d’organiser cette soirée et a mobilisé son réseau afin d’aider à soutenir ces jeunes artisanes et artisans kabyles.
Enfin, nous adressons nos remerciements les plus sincères aux personnes ayant accepté de faire un don dans le cadre de notre campagne de financement participatif d’une partie du budget du projet.

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Nous avons désormais réuni 1285 euros grâce à vous ! Il nous reste encore 15 jours pour atteindre la barre des 6000 euros qui correspond à nos objectifs de financement. Nous vous rappelons que nous ne touchons la somme collectée que si le seuil fixé est atteint (ici 6000 euros). Dans le cas contraire, aucun des dons récoltés ne sera débité (pour plus d’informations sur ce système, consulter cette page).

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Réunis autour d’un buffet couleur locale, les convives ont pu apprécier l’exposition proposée par Amazigh au sujet de la culture berbère, constituée de grands panneaux explicatifs et d’objets d’artisanat exposés.

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Suite à quoi cette soirée fut l’occasion de présenter plus en détail le projet CODESOL et notre campagne de crowdfunding. Ce n’est que grâce à votre mobilisation que nous pourrons atteindre ensemble notre objectif : aider les artisanes et artisans soutenus à lancer leur entreprise. Ils pourront ainsi vivre de leur art, tout en préservant le patrimoine culturel pour les générations futures.

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Pour terminer, nous avons eu le plaisir d’écouter en live des morceaux kabyles. Nous adressons un grand merci à Smail et ses deux collègues qui ont accepté d’interpréter pour nous des musiques algériennes sur scène afin de conclure cette soirée !

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Restons mobilisés afin de mener à bien ce projet, il nous reste du chemin à parcourir, ce n’est qu’ensemble que nous pourrons atteindre nos objectifs. Prouvons que la solidarité n’a pas de limites !

L’artisanat traditionnel kabyle en péril

En dépit de son patrimoine exceptionnel, la situation de l’artisanat traditionnel kabyle est périlleuse. Ce savoir-faire séculaire est aujourd’hui dans la tourmente. De nombreux artisans ces dernières années ont fait part de leurs inquiétudes quant au futur de leur profession. Pour la plupart, leur quotidien devient de plus en plus difficile. Quel que soit le type de métier artisanal pratiqué, les problèmes sont toujours les mêmes.

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Tout d’abord, il ne faut pas sous-estimer les assauts de la modernité. L’apparition due à l’évolution technologique de produits bon marchés disponibles qui défient toute production artisanale tend à évincer les vieux métiers ancestraux (c’est ainsi que l’atelier familial du métier à tisser disparait lorsque se développent des ateliers de tissage utilisant du matériel plus moderne).

Ensuite, nombre d’artisans connaissent des difficultés pour acquérir la matière première nécessaire à la fabrication des différents articles artisanaux. Par exemple, dans le domaine de la vannerie, l’osier, produit localement dans la région du barrage de Taksebt ou encore vers Sétif et Béjaia, se raréfie au point de devenir introuvable. Il doit alors être importé d’Espagne, solution coûteuse que tout le monde ne peut pas se permettre. En ce qui concerne la bijouterie, l’argent et le corail deviennent de plus en plus compliqués à acquérir. Achetés fréquemment sur le marché noir à des prix exorbitants, ils augmentent le prix du bijou. La rareté du corail a conduit plusieurs bijoutiers à fermer boutique.

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Face à cette situation, les artisans manquent de terrain à eux pour produire leur propre matière première (par exemple de l’osier). Certains artisans le font chez eux, mais la superficie trop limitée ne permet de produire qu’une petite quantité, mise de côté pour les moments de crise. Certains artisans déplorent le peu de soutien qu’ils reçoivent de la part de l’Etat qui n’intervient pas pour pallier à ce problème de déficit de la matière première et de sa cherté, surtout quand dans le même temps ils constatent que leurs impôts augmentent.

Les artisans sont également confrontés pour beaucoup à l’absence de surface pour vendre ses produits. Dans ce contexte de manque de locaux mis à dispositions, les foires ou salons, tel que le Salon National de l’Artisanat à Tizi Ouzou, sont d’une grande importance pour les artisans.

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Toutes ces difficultés conduisent à une situation très critique et préoccupante pour l’artisanat traditionnel kabyle. Il y a une réelle tendance au vieillissement des artisans, car nombre de jeunes, rebutés par ces problèmes, n’acceptent plus de reprendre le flambeau du commerce familial. Le métier est donc confronté au risque de disparaître, car il ne permet plus de nourrir ceux qui continuent à le pratiquer par passion. Ceux-là existent encore, qui ne veulent pas brader cet héritage.

De ce constat est né notre projet afin de permettre à ces jeunes artisanes et artisans désireux de perpétuer cet art ancestral de vivre de ces métiers.

Tissage kabyle

La broderie est une activité traditionnellement féminine. Elle est principalement utilisée dans la confection des habits traditionnels portés à l’occasion des fêtes, notamment les mariages.

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La matière première du tissage est la laine de mouton (et plus rarement, celle du dromadaire). Certains objets issus du tissage ont une grande importance sociale, tels que les burnous, les tapis ou les couvertures. La Kabylie a une longue tradition de tissage traditionnel, malgré l’absence d’élevages ovins importants. Les toisons sont triées suivant la qualité de la laine. La laine blanche, en provenance des bêtes bien nourries de race locale, prélevée sur le dos de la toison, servira à la confection de burnous. Les grosses couvertures d’hivers sont faites des laines de teinte rousse ou blanc cassé qu’on trouve sur les bêtes d’origine saharienne. La laine noire à zébrures blanches est quant à elle utilisée avec la laine des bas-côtés pour la confection de matelas et de coussins.
La laine est ensuite lavée, séchée, nettoyée et sabrée, peignée et cardée et enfin filée, prête pour le tissage sur le métier à tisser.

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Exclusivement féminin, le métier du tissage est tout un art, ardu et exigeant. Dans ce contexte,on confère à l’objet du métier à tisser une grande importance. Salué par les villageois, on n’y accroche rien et il est interdit de s’assoir sur l’ensouple inférieure. Dressé à la verticale, il ne doit quitter sa place sous aucun prétexte. La laine, matière première indispensable, est également sujette à des superstitions et croyances lui conférant des vertus protectrices.

Les tapis kabyles

La Kabylie est réputée pour la qualité de ses tapis. Faits en laine, ils peuvent avoir un usage domestique (très colorés, ils sont un objet de décoration prisé, sur le sol ou les murs) ou religieux (pour la prière). Selon la tradition, les femmes berbères fabriquent un tapis pour chaque événement important de la vie. A l’instar de l’ensemble des productions artisanales kabyles, sont utilisés dans le tissage de nombreuses couleurs et forme géométriques, remontant à un passé très ancien. Ces motifs géographiques varient d’un village à l’autre. Il existe plusieurs variétés de tapis : ceux d’Aït Hichem (dont les motifs sont transversaux) où l’on célèbre depuis 1989 la traditionnelle « fête du tapis », ceux d’Aït Zmenzer et des Ouadhias. Au nord de Sétif il existe une forme de tapis originale dans les dimensions peuvent atteindre huit mètres de long.

Afin de créer un tapis, les femmes berbères tissent la laine à la main, en utilisant toutes le nœud berbère (même si les techniques de tissage varient ensuite suivant les villages). La technique de tissage se transmet de mère en fille, bien que cette forme d’enseignement soit menacée tout comme pour les autres formes d’artisanat traditionnel kabyle.

Au sein d’un foyer, l’homme et la femme peuvent travailler en coopération. Alors que la femme est chargée du tissage et du modelage des tapis, le mari s’occupe de leur commercialisation dans les marchés.

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