Formation Vannerie pour les artisanes du projet CODESOL

Du 25 au 27 mai 2016, 16 artisanes du projet CODESOL ont participé à une formation en vannerie, organisée par l’ADELS à Assi-Youcef, et assurée par une formatrice d’ASEFRU.

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Très motivées, les participantes ont pu apprendre de nouvelles techniques de vannerie fine. Utilisant des matières premières telles que le rafia et l’alfa, elles se sont essayées à la fabrication de nouveaux modèles de produits.

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L’accompagnement de ces artisanes se poursuit en mettant l’accent sur l’appropriation de ces nouvelles techniques, sur le design des produits et sur l’appui à la commercialisation…

La formation en quelques  images !

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Situation des femmes dans le monde rural algérien

Basé sur le livre des conclusions du premier forum sur la femme rurale en Algérie, 2011

Dans le monde rural algérien, la situation des femmes recouvre une très grande diversité de réalités sociales, économiques et culturelles, tant au niveau individuel que communautaire. Il existe une hétérogénéité des situations.

Néanmoins, il est possible d’observer des tendances. Une enquête de 2003 réalisée sur un échantillon de 8000 femmes indique que : il y a une majorité de femmes de moins de 30 ans (54%) ; le célibat tend à gagner les zones rurales ; le taux d’analphabétisme chez les femmes rurales reste important (42%).

Des obstacles variés

Les femmes des milieux ruraux sont confrontées à des difficultés diverses, livrées à elle-même faute de moyens nécessaires à son émancipation. De nombreuses femmes, notamment celles mariées, restent confinées chez elles et n’établissent des relations qu’avec les propres membres de leur foyer (famille du mari). La majorité des manifestations collectives existantes (marchés, fêtes traditionnelles) sont réservées aux hommes. La majorité des femmes ne sont pas conscientes de leurs ressources, de leurs droits ou de leur rôle dans le développement de la société du fait de leurs limites d’accès à l’information et du patriarcat. Concernant la prise de décision, les femmes rurales participent aux décisions d’ordre interne à la famille, mais ne sont que partiellement consultées pour des décisions concernant des groupes restreints, et sont complètement écartées des décisions qui se rapportent à la communauté ou à la nation.

Les femmes rurales ont le plus souvent différents statuts et fonctions au sein du ménage, de la communauté et dans la société rurale en général. Elles doivent en particulier surmonter des difficultés pour accéder à certaines ressources et les contrôler. Elles connaissent également des problèmes d’écoulement de leur production (problème de commercialisation). De plus, les déplacements sont une des premières difficultés affectant le quotidien des femmes rurales, surtout dans des zones enclavées (rareté et mauvaise organisation des transports publics, pression sociale ou « tradition »). Elles butent aussi contre les problèmes de bureaucratie, de manque de soutien, de stockage des produits et du manque de main-d’œuvre.

La vie de la femme rurale est également compliquée par son « exclusion » d’accès à l’école. La majorité des femmes ignorent complètement leurs droits et restent largement soumises aux pressions familiales et au diktat des hommes. Les campagnes d’alphabétisation n’ont pas eu pour l’instant des résultats satisfaisants, d’autant plus que les régions les plus enclavées n’ont pas été touchées.

Un apport sous-estimé

Souvent, les femmes rurales participent à l’économie informelle à travers de nombreux rôles non rémunérés, sous-estimés ou non reconnus. Les tâches domestiques ne sont pas rémunérées. De ce fait, elles sont souvent maintenues dans un état de dépendance financière vis-à-vis de leur famille ou de leur communauté, sans rapport avec le niveau réel de leur contribution à l’économie. Cela tend également à rendre le divorce plus difficile, car laissant souvent les femmes sans ressources aucunes. De plus, dans de nombreux cas, les hommes contrôlent les revenus de leurs femmes.

Ainsi, si la femme rurale a joué de tous temps un rôle incontestable dans la vie socio-économique, sa contribution n’a pas été quantifiée et est restée dans le domaine de l’informel et de l’invisible. Pourtant, la femme rurale détient des savoirs et un savoir-faire important acquis depuis des siècles d’apprentissage quotidien dans la conservation, la transformation et la valorisation des produits agricoles, qui contribuent au maintien de la biodiversité et à la vitalisation des espaces ruraux. La promotion du rôle de la femme dans le développement rural doit être le résultat des efforts conjugués de tous les acteurs impliqués dans le développement rural : institutions publiques et mouvements associatifs à travers son travail de proximité.

La mauvaise circulation de l’information

La mauvaise information pose problème, tant au niveau de la société civile rurale vers les acteurs institutionnels chargés du développement rural, qu’au niveau des programmes que ces acteurs financent notamment à destination des femmes rurales ou des associations. D’une part les institutions ne cherchent pas à aller vers les ruraux, d’autre part ni les associations ni les femmes rurales ne savent chercher l’information sur ce qui existe et les concerne éventuellement. D’une façon générale, dans un même milieu, les moyens de communication sont moins accessibles aux femmes qu’aux hommes (obstacle à l’information qui leur est destinée). C’est pourquoi les femmes connaissent des difficultés d’accès aux dispositifs et financements de l’état les concernant (non information, absence de contacts avec les structures de l’état, procédures complexes, non éligibilité…). Faute d’information et de communication, les programmes d’aide et de soutien se sont montrés inefficaces. Elles ne sont souvent pas assez au courant des dispositifs d’aides auxquelles elles ont droit, en raison de l’absence de campagne de sensibilisation et d’information.

De la nécessité de l’approche « genre »

L’Etat algérien a pourtant investi, sans distinction de sexe, sur l’accès à l’éducation et à la santé. Cet investissement pour l’éducation des femmes a été massif (scolarité obligatoire et gratuite). De plus, dans le cadre de sa politique publique, l’Etat a créé un fonds spécial qui octroie des micros crédits aux femmes rurales. Cependant, la participation des femmes dans la vie économique et sociale reste faible, d’où l’importance de prendre en compte la notion de genre dans les projets. La promotion des femmes rurales devrait être l’un des objectifs prioritaires de tout projet de développement rural. Une approche « genre » est nécessaire afin que la population féminine soit impliquée dans la dynamique de développement, et que les mesures proposées soient adaptés à la population féminine. En effet, une mauvaise indentification du besoin des femmes rurales peut aboutir à des erreurs graves, d’où la nécessité pour les associations de réaliser un vrai diagnostic des situations initiales, et de se former pour cela.

Les rapports sociaux de genre sont des rapports de pouvoir. Les institutions reflètent et perpétuent les rapports sociaux hommes-femmes, particulièrement en milieu rural. C’est pourquoi des programmes de développement doivent intégrer cet aspect genre s’ils veulent avoir un effet concret sur la condition féminine et ne pas perpétuer les stéréotypes de genre. Le souci est que les tentatives visant à modifier ces rapports pour instaurer les principes d’équité/genre sont souvent perçues comme des menaces pour la préservation des valeurs traditionnelles et culturelles de la communauté. La discrimination sociale sur la base du genre est un fait d’une permanence certaine au niveau de la société algérienne, mais aussi au niveau des différentes cultures de manière générale. Cette discrimination ne cesse de se reproduire et de s’exprimer, bien qu’elle soit combattue par la mise en place de nouvelles lois (nouveau code de la famille) afin de changer les représentations sociales et d’agir sur les pratiques.

En milieu rural, le mouvement associatif est fragile. Les structures sont relativement récentes et bénéficient donc de peu d’expérience et de peu de crédit de la part des institutions. Elles sont aussi parfois en butte à la méfiance des populations. Pour autant, le mouvement associatif, comme les institutions publiques, doivent être les acteurs essentiels du développement rural. L’un des axes de développement important est la promotion des activités génératrices de revenus, localement adaptées, à l’aide notamment de micro-crédits et d’accompagnement. Les femmes rurales productrices ont besoin des appuis pour améliorer la qualité de leur produit afin de satisfaire les exigences du marché, valoriser leur savoir-faire et leur produit et de renforcer leurs capacités à travers l’alphabétisation et avec des cours de formation spécifique.

Une tendance à la féminisation

Néanmoins, la féminisation actuelle de l’éducation et du marché du travail est une réalité même dans le monde rural. Des femmes jouent un rôle de plus en plus important et visible dans des secteurs traditionnellement masculins (la multiplication des associations de femme en est une illustration). Si la femme ne jouit pas encore d’un pouvoir reconnu et légitime pour exercer des fonctions de responsabilité, l’exode des hommes pour des raisons économiques ou sécuritaires ont contraint les femmes à prendre plus de responsabilité. Le nombre de femmes chef de ménage a été en progression ces dernières années. Par ailleurs, la femme a toutefois plus d’occasions aujourd’hui de pouvoir aller à l’école, quand bien même la tradition continue de peser dans le milieu rural. Cet équilibre est à surveiller.

Les succès réalisés par la femme rurale au cours de la dernière décennie doivent être encouragés et valorisés. Outre son rôle d’épouse et de mère, elle a fait preuve de sa volonté d’investir aussi le secteur économique, contribuant de ce fait à réduire le phénomène de déplacement des populations rurales. En outre, participer efficacement à l’économie nationale leur permet d’améliorer la situation de leur famille. En plus de la promotion des produits locaux et de l’artisanat, leurs ambitions se portent également vers l’entrepreneuriat et la création de coopératives. En outre aujourd’hui, de plus en plus de femmes ne se marient pas, ou alors tardivement. Elles ont par conséquent besoin d’occuper un autre rôle que celui d’épouse ou de mère. Pour développer ces autres activités il convient de s’intéresser à l’ensemble de l’économie rurale, par le biais par exemple de l’économie sociale et solidaire.

Retour sur la première mission d’appui bénévole

Cette première mission d’appui bénévole, qui s’est tenue du 6 au 12 mars, est sans aucun doute un succès !

P1010182Paysage d’Assi Youssef

Annie (présidente), Angélique (coordinatrice) et Malika (bénévole et membre de l’association Dena) se sont rendues dans la région de Tizi Ouzou à la rencontre des artisanes du projet CODESOL.

Il s’est agit d’abord d’apporter un complément aux formations à la création d’entreprise suivies par les femmes, en réalisant un accompagnement individualisé moins théorique et plus humain, à l’écoute des besoins spécifiques de chacune.  A travers cela bien sur, il s’agit forcément de renforcer les liens solidaires entre les deux rives de la Méditerranée..

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En ce début mars, le temps était à la neige dans les montagnes!

Rencontre de partenaires actuels ou nouveaux

Nous devons tout d’abord remercier les membres de l’ADELS et les partenaires locaux (notamment la DJS et les scouts d’Assi Youssef) pour l’excellente organisation de la mission, qui nous a permis de rencontrer un grand nombre de femmes du projet malgré leur dispersion sur plusieurs villages de la région. Grâce à eux, nous avons pu nous rendre dans le village d’Assi Youssef, où un grand nombre de femmes du projet sont présentes, ainsi qu’à la commune de Boghni, et réduire les temps de transports en communs qui peuvent être longs pour se déplacer vers/depuis les villages. Ce sont des partenaires précieux et nous espérons que la collaboration perdurera dans le temps.

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Les scouts d’Assi Youssef

Nous avons également rencontré divers acteurs qui nous ont donné des conseils et avec lesquels on peut envisager des axes de collaboration, comme la Formation Professionnelle à Tizi Ouzou, ou encore le réseau Res’Art.

Notre rendez-vous à l’Ambassade est tombé au bon moment puisqu’un élément manquant du dossier rendait notre projet inéligible. Cela nous a été signalé lors du rendez-vous et rectifié le lendemain, date limite ! Aujourd’hui, nous espérons de bonnes nouvelles…

Mission d’accompagnement des femmes du projet

Malika, accompagnée de Wahiba, chargée de projet CODESOL à l’ADELS,ont réalisées une session intensive d’accompagnement individualisé d’une quinzaine de femmes du projet.

Le format choisi – accompagnement individualisé par une femme de la diaspora à la démarche d’entrepreneuriat – s’est avéré efficace : les femmes ont pu exprimer leurs difficultés, leurs attentes. Et surtout, ce format encourage des dynamiques d’échanges, d’interconnaissance, d’entraide et de mutualisation entre les femmes du projet. Cette dynamique est fondamentale pour lutter contre l’isolement des femmes en zone rurale qui pénalise les projets entrepreneuriaux. En outre, ce format nous a permis de découvrir en profondeur les femmes du projets, et surtout la diversité de leurs profils !

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Quatre axes majeurs de travail sont ressortis :

  • le besoin de lieux communs de production et de vente

  • le besoin de renforcer les dynamiques de mutualisation

  • un important travail de réorientation est constamment à faire

  • Il faut stimuler la propagation d’un état d’esprit d’entrepreneuses

UN CONSTAT FLAGRANT : Le besoin d’un lieu commun !

Avec le confort dit moderne, les femmes ont tendance à travailler chez elles et ont perdu la pratique de certains travaux collectifs qui constituaient autant d’occasion de se retrouver. Elles ont donc, en un certain sens, subit une perte de lien social et se retrouvent particulièrement isolées.

Faire émerger des lieux communs locaux : des contacts ont été pris avec l’APW d’Assi Youssef pour mettre à disposition des femmes un lieu ou elles pourraient produire et vendre en commun au plus près de leurs foyers.

SECOND CONSTAT : il faut renforcer la mutualisation !

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Cette mission a permis d’accentuer la connaissance des femmes du projet, de leurs besoins -parfois très différents les uns des autres- et de discuter des problématiques rencontrées souvent au niveau personnel (mobilité, organisation par rapport aux obligations familiales notamment).

Renforcer le partage d’expérience entre femmes du projet : Les femmes discutent facilement entre elles de leurs difficultés et de leurs façons de faire (à l’exception peut-être de leurs designs). Il faut notamment inclure au programme une formation -sous forme d’échange de bonnes pratiques- sur l’organisation personnelle entre le temps travaillé et les obligations du foyer.

Présenter des exemples de réussites d’entrepreuneuriat féminin dans l’artisanat : Si les femmes ont généralement suivi la formation, peu arrivent à mettre en pratique ce qu’elles ont appris. Des cas concrets de femmes artisanes (par exemple du projet Res’Art) seraient complémentaires et certainement très bénéfiques.

Exploiter les différences entre les femmes pour renforcer l’entraide : Il existe une certaine disparité de « niveau » dans l’avancée du projet professionnel. Il convient de maintenir ces différents apports car ils participent à la dynamique d’entraide et de mutualisation fondamentale pour la réussite du projet, en particulier en zone rurale. Cela permettra aussi potentiellement de détecter de futures formatrices.

TROISIEME CONSTAT : un important travail de réorientation à faire…

Toutes les femmes ou presque veulent faire de la couture…. mais le marché est saturé ! La plupart ont appris dès l’enfance un peu de tous les métiers artisanaux. Il s’agit de valoriser certains métiers, notamment le tissage très demandé mais aussi très dévalorisé, par la mise en réseau avec des artisanes ayant accès aux réseaux de distribution, par le travail sur le design et par une amélioration des techniques (choix des matières, couleurs, finitions….)

QUATRIEME CONSTAT : Soutenir l’état d’esprit d’entrepreneuses

La mise en œuvre de la formation à la gestion d’une petite entreprise se heurte aux coutumes locales, et au manque de comparaison avec d’autres pratiques. Par exemple, la plupart définissent encore le prix de vente au poids des matières premières, car elles vendent sur commande à la saison des mariages dans un cercle très restreint où les prix pratiqués sont connus et en très forte concurrence. Certaines ne vendent que quelques produits par an. Malika a répété à tout moment : si l’on commence une activité artisanale, c’est pour vendre !

→ Là encore, il faut présenter des exemples de réussites d’entrepreneuriat féminin

Le renforcement des mutualisations devra permettre d’encourager la pratique collective de prix reflétant le travail réalisé en réduisant la concurrence par les prix cassés.

Merci à Malika pour son engagement et pour la qualité de son accompagnement !

Il est indispensable que ce travail d’accompagnement en petit groupe perdure, grâce au recrutement par l’ADELS de contrats aidés qui pourront réaliser ce travail de terrain dans les villages..

Préparation de l’exposition sur le projet

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Annie et Angélique ont quant à elles été accueillies par une dizaine de femmes du projet dans une maison traditionnelle à Assi Youssef. Merci à elle d’avoir bien voulu prendre le temps de partager avec nous un peu de leur talent et savoir-faire. Montage traditionnel d’un métier, tissage, poterie, tressage, et préparation des plats traditionnels de circonstance… Ce fut magnifique à voir!

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Nous avons pris de nombreuses photos et vidéos qui seront un atout majeur pour communiquer sur le projet, l’entrepreneuriat féminin en zone rurale et sur l’artisanat algérien. Ces éléments seront utilisés lors d’une exposition qui sera présentée en Ile-de-France, mais aussi pour diverses communications sur les réseaux sociaux. Cependant, il faudra compter un mois pour exploiter ces données récoltées…

Au cours de cette mission, nous avons pu observer l’intérêt des femmes de la zone pour le projet. Une dizaine de femme ne faisant pas parties du projet sont venues pour en savoir plus sur le projet lors de notre venue, signe que le bouche à oreille commence à fonctionner et qu’il est plutôt positif. Il faudra réfléchir à ce qui peut leur être proposé.

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Nous remercions enfin chaleureusement Wahiba pour son travail exceptionnel de mobilisation sur le terrain ! Mobiliser sur la durée des femmes en zone rurale – qui souffrent de nombreuses contraintes- n’est pas une mince affaire… Et pourtant c’est un succès !

Les actualités du projet

 

Du 27 au 30 décembre puis du 3 au 7 janvier, 6 artisanes du projet CODESOL, accompagnées par l’ADELS (association partenaire) ont bénéficié d’une formation dans le domaine du tissage, assurée par une formatrice de la Chambre de l’Artisanat et des Métiers de Tizi-Ouzou.

Par le biais de cette formation, les artisanes ont pu apprendre de nouvelles méthodes, plus simples, de démarrage d’un tapis, la manière de corriger des erreurs au milieu d’un produit plutôt que de tout recommencer, comment se servir de métiers à tisser plus modernes, le respect des normes de production…

Cette formation pourrait être approfondie sur les aspects design, diversification et modernisation des types de produits, dans le cas où une personne ressource motivée serait désireuse de faire bénéficier de ses compétences dans le domaine.

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Artisane travaillant sur un métier à tisser

Deux autres formations sont en cours de préparation et auront lieu prochainement dans le domaine de la vannerie et de la poterie. En ce qui concerne la vannerie, la formation s’orientera vers les techniques de la vannerie fine, l’amélioration de la qualité des produits et la diversification des types de produits.

De plus, un diagnostic sur l’état de l’artisanat traditionnel dans la région de Boghni est en cours de réalisation (place de l’artisanat dans l’économie locale, difficultés, situation des artisans, possibilités de formation, etc.) suite à la collecte d’informations réalisée par l’ADELS.

Enfin, une mission en Algérie est programmée prochainement, portée par une personne ressource d’origine algérienne d’Île-de-France, appartenant au réseau Touiza Solidarité IDF. Elle se rendra sur place afin d’apporter son appui aux artisan/es du projet.

Art et artisanat kabyle, rencontre avec Amar Lounas

Nous avons eu le plaisir de recevoir la semaine dernière, dans les locaux de Touiza Solidarité Ile-de- France, Amar Lounas. Il est revenu durant cette interview sur la poterie Kabyle, la transmission de ce savoir, son lien avec sa mère et avec la Kabylie…

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Pouvez-vous vous présenter ?

Amar Lounas, architecte et membre de Touiza Solidarité Ile-de-France par accident [rires] ! A l’époque l’équipe de Touiza recherchait des enfants du pays vivant à l’étranger et pouvant apporter quelque chose à leur pays d’origine. Au départ mon intervention n’avait aucun lien avec l’artisanat, je devais intervenir sur mon domaine de travail qui est l’architecture et l’urbanisme. On voulait monter un atelier pour sensibiliser les jeunes à la notion d’espace public. Ce qui nous intéressait c’était de focaliser nos efforts sur des petites choses qui peuvent apporter un plus à la population. L’artisanat kabyle, c’est quelque chose qui est venu après l’exposition internationale de Terre et d’argile de 2011. C’est là que j’ai fait valoir cette « curiosité ». Suite à l’exposition, des tableaux ont été montrés, et ont même servi pour les visuels du projet CODESOL de Touiza !

Comment avez- vous eu accès à cet artisanat, qui est traditionnellement réservé aux femmes ?

La première fois, c’était une invitation du ministère de la culture Algérienne pour une exposition. Quand j’ai demandé à ma mère de m’accompagner, elle a été choquée car elle ne voulait pas que je touche la terre ! C’est vraiment un travail manuel qui est réservé aux femmes.

Pour moi, la sculpture me propulse dans un travail de création. Pour elle, c’est une activité de besoin, d’utilité, et de subsistance. Elle fabrique des ustensiles avec de la terre, mais elle ne nomme pas cela « activité artistique ». C’est tout le travail que j’avais entrepris avec Touiza… Comment ces personnes peuvent-elles devenir des maîtres ou maîtresses d’œuvre en s’accaparant des matériaux et en valorisant leur travail, qui a complètement été mis de côté ? Si vous travaillez un objet, que vous y mettez du cœur et que vous essayez d’inventer une autre façon de voir et de s’approprier cet objet, ce savoir-faire ancestral est d’une valeur inestimable.

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Exposition à Ryad el Fath Alger

Vous travaillez avec votre mère ? Comment cela se passe ?

Je commence par faire des croquis de ce que l’on va faire, ensuite ma mère m’aide à construire le substrat de terre, puis je travaille le signe. On a des cadres métalliques qui font 1,30mx1,30m, sur lesquels on met du bois pour que la terre ne passe pas, puis on met un grillage à poules pour que la terre s’accroche et ne tombe pas. Sur la dernière couche, la couche superficielle, on fait un lissage avec des lisseuses. Et sur cette surface lisse je travaille ensuite le signe.

Etes-vous le seul à vous être intéressé à l’artisanat aux côtés de votre mère ? Et pourquoi ?

Je suis l’ainé, et l’ainé a toujours initié des solutions mais qui ne sont pas toujours reprise par ses frères et sœurs. Dans un contexte culturel particulier, il y a des choses que nous faisons de manière automatique et machinale. Mais, quand on observe les choses de loin, ce recul critique, nous permet de voir cela comme des œuvres. C’est en fait la question de la transmission qui se pose… Chaque chose qui est entreprise dans ce monde doit à un moment être acheminée, et être donnée soit à sa progéniture, soit à ses contemporains, car on se doit de partager cette culture. Finalement, ce savoir, qui a parcouru des siècles et des siècles, nous parvient sans grand changement, si ce n’est la manière infime dont la figure se transforme. Malgré le temps, il est resté intacte, et c’est ce qui m’intéressait. Je souhaitais mettre en avant la dimension culturelle et artistique parce que j’y trouve du sens.

Quelle est la différence entre votre travail et celui de votre mère et des femmes potières ?

Leur travail je ne peux pas le faire, c’est impossible ! Ce qui est bien avec ce qu’elles font, c’est l’imperfection de l’objet ! Moi je travaille l’arrondi comme j’aimerais qu’il soit… Pour elles, ce qui est essentiel, c’est qu’il y ait une représentation du galbe puis le reste ce n’est pas grave…Enfin en tout cas elles ne voient pas d’imperfection dans ce qu’elles font. Elles accomplissent un geste qui est machinal. Elles ont, je dirais, une « intelligence du geste ». Ce sont des femmes qui n’ont jamais connu l’école, mais la manière dont elles produisent ces choses-là est remarquable ! Elles comprennent que l’association des formes construit un objet. Moi sans croquis je ne peux rien faire !

Et selon vous, comment ont été choisis les symboles ?

C’est la question que je me pose ! Je ne sais pas, je sais seulement qu’il y a une représentation. Quand je parle de la manière dont ses femmes ont reproduit l’extérieur, j’imagine une femme observant la nature, et comme la nature est loin, elle la rapproche d’elle en la transcrivant sur un mur. Et puis, on est dans l’abstraction, et non pas dans la figure. Le peintre figuratif tentera de représenter par le vide et le plein, ce qu’il observe, mais là non, c’est une interprétation personnelle. Je représente la lune comme j’ai envie de la représenter ce n’est pas forcément un rond. C’est une autre symbolique qui est propre. J’aurais aimé rencontrer la première femme, ou le premier homme on sait pas [rires], qui a dessiné ça !

Alors comment décrypter ces symboles ?

On fait un décryptage « élément par élément ». Par exemple, chez nous, la présence du serpent dans les maisons veut dire ange gardien. Et cette représentation est identique chez les Burkinabés. C’est presque une représentation d’une symbolique paternelle. Il serait prétentieux de dire que je sais décrypter ces signes là… Non, il y a quelques signes qui sont souvent répétés, donc on les reconnaît.

Aucun signe n’est dessiné de manière similaire. Chaque potière en reprenant le dessin, introduit un élément. C’est vraiment sa touche personnelle ! Le signe subit des contractions, des changements. Ce qui conduit à une difficulté d’interprétation, mais il existe quand même un substrat commun, qui est celui du dessin originel.

Pouvez-vous nous parler de vos tableaux et de votre travail ?

Par exemple, prenons le tableau sur la Baie d’Alger. La mer qui est représentée ici, est remplie de signes berbères, c’était vraiment une manière de descendre la culture jusqu’aux tréfonds des océans …culture inobservable et complètement occultée.

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Exposition pour le 10ème congrès de la Société Algérienne de Rhumatologie (Hôtel Aurassi) Alger

Sur le tableau suivant, on a le symbole de fertilité avec la graine, fertilisée par le rapport au soleil. Ensuite très schématiquement j’ai inséré un mouvement très sinusoïdal, très escarpé. C’est une technique de relief qui est utilisée dans les jarres. On a aussi une symbolique de bateau se frayant un chemin dans l’eau. L’eau nous renvoie à une pureté, à quelque chose de clair, de limpide, et en même temps d’incompressible. La notion de liberté est ici représentée par l’eau et son mouvement. L’eau c’est également la source, il y a donc aussi la représentation d’un univers féminin qui est clos : les choses se disent entre femmes et ne peuvent pas être entendues par les hommes….

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Exposition à Tlemcen

Et du coup, pour faire ce travail sur les signes vous avez réussi à vous immiscer dans cet univers ? Ou c’est votre mère qui vous a transmis ces connaissances ?

Il y a tellement de pudeur dans la langue, qu’on a du mal à avoir toutes les réponses aux questions que l’on se pose. Il y a beaucoup de choses qui ne peuvent pas être dites. On repart toujours avec les mêmes lacunes qu’en arrivant ! Par contre, une femme pourrait, je crois, entamer ce travail sur les signes. Le problème est qu’il n’y a presque plus de potières, et en trouver qui pourraient donner ce savoir avec la même intensité n’est pas évident. Pour moi, c’est une curiosité presque féminine que j’ai, parce que ma mère travaille ça, et que j’y ai trouvé un intérêt.

Savez-vous si elles vendent leurs poteries ?

La vente est un concept moderne et récent. Originellement, la poterie est faite pour répondre aux besoins d’usage d’une famille. En revanche, il y a eu échange. C’est-à-dire que l’objet de terre modelé était un élément de transmission de village en village. Les poteries pouvaient être des parchemins transmis pour décrire des situations. Si par exemple, il y avait un éventuel mariage entre un homme d’un village et une femme d’un village voisin, les rencontres aux sources étaient sujets à des discussions sur les futurs mariés. Ensuite, les femmes, pouvaient peindre une symbolique, une certaine caractéristique de cet homme ou de cette femme et transmettre les informations. Là encore ce ne sont que des suppositions. Mais si l’ornement existe, c’est qu’il y a message à transmettre….

Vous avez dit que chaque chose devait-être transmise, mais aujourd’hui il est pourtant difficile de préserver et de transmettre l’artisanat kabyles aux jeunes, pourquoi ?

En effet, pour moi, cela nous renvoie au manque d’espace de transmission. Pour qu’il y ait transmission il faut un endroit où peuvent se réunir des personnes avec un transmetteur, qui va faire part de sa connaissance à ceux qui l’attendent, sans forcément la demander. La transmission n’a jamais été un acte volontaire… En écoutant, en regardant, on retient le geste. Et parfois à un moment dans notre vie ce geste ressurgit. Je ne peux pas dire qu’il manque de transmission, je suis sûr qu’elle existe. Mais c’est vrai qu’on a tellement d’éléments qui nous donnent de l’information et de la connaissance qu’on se satisfait de cela, et on ne dispose pas de suffisamment de temps pour apprendre une technique ou une manière de faire.

La transmission au fils ne se faisait pas avant ?

La transmission se fait plutôt à la fille. Dans mon cas, c’est du vol ! [rires] J’ai tout appris par l’observation et le mimétisme. Mais quand une personne a un réel intérêt pour l’art, dans son acception la plus large il peut y avoir transmission. C’est à dire, qu’on n’est pas porteur d’un projet dès la naissance, on le reprend quand quelqu’un le délaisse ou bien nous le fait don.

Jusqu’à présent même quand ma mère me voit faire, elle me dit « moi je fais tout et toi tu viens dessiner », alors que j’ai aussi envie de contrôler la consistance de la terre qu’on met, etc. Elle aimerait que je ne touche pas la terre mais c’est tellement agréable d’avoir les mains pleines de terre et d’argile !

Pensez-vous que de plus en plus de fils vont apprendre l’art de la poterie ?

Statistiquement je n’en ai aucune idée ! Mon souhait est que plus de gens s’y intéressent. Il y a selon moi un travail intellectuel à entreprendre. Comme on peut analyser une peinture impressionniste par exemple, on peut aussi travailler sur l’analyse picturale d’un objet terre.

Y’a-t-il encore une place pour l’artisanat utilisé comme de l’artisanat ou est-ce que cela doit passer maintenant par l’art pour être développé ?

Non, quand j’emploie le terme « art », je fais appel à des Hommes qui peuvent valoriser cette technique par une démarche intellectuelle. Le statut « d’artisanat » m’intéresse encore plus, car là on a le droit de se tromper. On n’est pas obligé de dessiner comme un étudiant, ou un peintre qui sort d’un système académique qui doit exécuter ses figures comme il les a apprises. Ici le terrain est fait pour l’improvisation ! On procède par tâtonnement et on est souvent étonné par le résultat. Il n’y a aucune garantie ! Pour moi, la notion d’artisanat doit être protégée. D’ailleurs dans « artisanat » il y a art. L’artisanat est constitué par l’art.

Et selon vous de quoi a-t-on besoin pour que cet artisanat perdure ?

Ce qui me rendait service il y a 20, 30 ans ou 100 ans, je voudrais qu’il me rende service aujourd’hui encore mieux. Là il y a une réflexion à engager sur l’esthétique et l’art.

Je me suis intéressé à l’artisanat en étant en France, en mettant de la distance avec la Kabylie. Cette distance permet de réapprendre grâce à un prisme d’ailleurs. Le regard porté sur ce travail est différent. Si les jeunes voyaient cette portée, ils pourraient prendre conscience que c’est un patrimoine. Mais c’est notre vision qui doit changer la leur….

Pour finir, quel lien gardez-vous avec la Kabylie ?

C’est un lien indéfectible ! C’est l’héritage d’une grande tradition, un lien avec la terre. Le plus important et le plus précieux est le rapport à la langue et au langage, puisqu’il nous rappelle pour qu’on se souvienne. C’est ce qui fait le lien entre hier et aujourd’hui, entre nous et ceux qui nous précédés…s’zik igela tura

Retrouver l’ensemble du travail d’Amar Lounas en suivant ce lien : http://alounasarchitecture.com/artsetartisanats/