Archives pour la catégorie Artisanat et artisan(e)s

Tissage kabyle

La broderie est une activité traditionnellement féminine. Elle est principalement utilisée dans la confection des habits traditionnels portés à l’occasion des fêtes, notamment les mariages.

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La matière première du tissage est la laine de mouton (et plus rarement, celle du dromadaire). Certains objets issus du tissage ont une grande importance sociale, tels que les burnous, les tapis ou les couvertures. La Kabylie a une longue tradition de tissage traditionnel, malgré l’absence d’élevages ovins importants. Les toisons sont triées suivant la qualité de la laine. La laine blanche, en provenance des bêtes bien nourries de race locale, prélevée sur le dos de la toison, servira à la confection de burnous. Les grosses couvertures d’hivers sont faites des laines de teinte rousse ou blanc cassé qu’on trouve sur les bêtes d’origine saharienne. La laine noire à zébrures blanches est quant à elle utilisée avec la laine des bas-côtés pour la confection de matelas et de coussins.
La laine est ensuite lavée, séchée, nettoyée et sabrée, peignée et cardée et enfin filée, prête pour le tissage sur le métier à tisser.

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Exclusivement féminin, le métier du tissage est tout un art, ardu et exigeant. Dans ce contexte,on confère à l’objet du métier à tisser une grande importance. Salué par les villageois, on n’y accroche rien et il est interdit de s’assoir sur l’ensouple inférieure. Dressé à la verticale, il ne doit quitter sa place sous aucun prétexte. La laine, matière première indispensable, est également sujette à des superstitions et croyances lui conférant des vertus protectrices.

Les tapis kabyles

La Kabylie est réputée pour la qualité de ses tapis. Faits en laine, ils peuvent avoir un usage domestique (très colorés, ils sont un objet de décoration prisé, sur le sol ou les murs) ou religieux (pour la prière). Selon la tradition, les femmes berbères fabriquent un tapis pour chaque événement important de la vie. A l’instar de l’ensemble des productions artisanales kabyles, sont utilisés dans le tissage de nombreuses couleurs et forme géométriques, remontant à un passé très ancien. Ces motifs géographiques varient d’un village à l’autre. Il existe plusieurs variétés de tapis : ceux d’Aït Hichem (dont les motifs sont transversaux) où l’on célèbre depuis 1989 la traditionnelle « fête du tapis », ceux d’Aït Zmenzer et des Ouadhias. Au nord de Sétif il existe une forme de tapis originale dans les dimensions peuvent atteindre huit mètres de long.

Afin de créer un tapis, les femmes berbères tissent la laine à la main, en utilisant toutes le nœud berbère (même si les techniques de tissage varient ensuite suivant les villages). La technique de tissage se transmet de mère en fille, bien que cette forme d’enseignement soit menacée tout comme pour les autres formes d’artisanat traditionnel kabyle.

Au sein d’un foyer, l’homme et la femme peuvent travailler en coopération. Alors que la femme est chargée du tissage et du modelage des tapis, le mari s’occupe de leur commercialisation dans les marchés.

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La poterie kabyle

L’art de la poterie (modelage, cuisson, décoration) est en Kabylie traditionnellement typiquement féminin, alors que l’artisanat des tuiles est lui réservé aux hommes. Cependant la poterie aujourd’hui est d’avantage exercé par les hommes que par les femmes. La poterie kabyle s’est nourrie d’un ancrage africain d’une part et de l’art méditerranéen (formes arrondies et moulées, décors peints) d’autre part.

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Ses techniques de fabrication rudimentaires et son caractère rural et exclusivement féminin (pendant longtemps) font de la poterie berbère une activité artisanale se démarquant totalement des autres productions méditerranéennes qu’elle semble avoir précédées.

IMG_1009La matière première est l’argile, de différentes couleurs selon les gisements, cuite à relativement basse température. Les poteries sont caractérisées par la pureté de leurs formes alliée à la simplicité des décors et à la complexité des motifs qui les ornent, dont les signes et symboles utilisés remonteraient à la période néolithique (9000 à 4000 ans avant Jésus-Christ). Il existe de nombreux motifs des thèmes décoratifs (treillis, quadrillages, droites parallèles, brisées et croisées, triangles). Ces signes graphiques, présentant les mêmes motifs de base, sont une des particularités de la poterie kabyle et constitueraient pour certains une écriture ésotérique, résidu d’une écriture originelle très ancienne elle-même sources des écritures méditerranéennes.

Si les poteries sont le plus souvent à caractère utilitaire et utilisées quotidiennement au sein du foyer (plats, pots, cruches, marmites, lampes à huile, jouets pour enfants), elles ont également une utilité religieuse ou superstitieuse, notamment lorsqu’elles ornent les mosquées et mausolées des saints et marabouts. Lors des cérémonies rituelles (réceptions, naissances, mariages) elles assurent le bon déroulement des événements et véhiculent des symboliques religieuses fortes. A l’occasion des fêtes de circoncision ou de mariage, on offre l’ensemble plat-bougeoir-gargoulette (récipient poreux en terme cuite destiné à rafraîchir le liquide qu’il contient). Ces trois objets sont ensuite gardés à vie et ne peuvent être prêtés ou vendus. Pour les mariages, d’imposantes lampes à huile dotées de 5 à 7 becs sont portées devant le cortège nuptial. Traditionnellement, afin de lutter contre le mauvais œil, le plat destiné à la cuisson des galettes était placé sur le toit de la maison de la mariée ou du nouveau-né afin qu’ils soient épargnés par la maladie.

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Alors qu’il existait de nombreux centres de production en Kabylie, cette pratique artisanale est désormais menacée, et le savoir-faire pourrait disparaître progressivement, les jeunes ayant tendance à délaisser cette activité faute de perspectives économiques suffisantes ou à s’expatrier faute d’emplois sur place.

Le bijou kabyle

A Ath Yenni, centre névralgique de l’artisanat traditionnel kabyle, et organisateur chaque année de la fête du bijou kabyle, on explique qu’Adam, chassé du Paradis, en colère contre sa femme Eve qui a succombé à la tentation du serpent, se retourna pour contempler une dernière fois le Paradis perdu. Il vit alors sa femme, une fleur piquée dans ses cheveux, et la trouva si belle qu’il en oublia sa colère. Ainsi naquit le bijou.

Le bijou kabyle, reconnaissable entre tous

Fleurons de l’artisanat kabyle, les bijoux sont réputés au Maghreb en raison de leurs couleurs vives et de leur raffinement. S’ils sont constitués d’argent à l’instar de tous les bijoux ruraux du Maghreb, ils sont également ornés de coraux méditerranéens ou d’émaux.Photos Touiza 039

L’origine de cette ornementation particulière à la Kabylie reste floue. Il est vraisemblable que ces techniques furent importées en Espagne par les Vandales et les Visigoths et perdurèrent après la conquête arabe. La technique des émaux fut ensuite définitivement fixée dans l’Espagne musulmane. Plus tard, suite à la Reconquista de la péninsule ibérique par les royaumes chrétiens, de nombreux artisans partirent s’établir en Tunisie, au Maroc et en Kabylie où ils importèrent ces modes de conception des bijoux.
Le bijou kabyle se caractérise donc par le mélange de la culture berbère (pour la forme et l’utilité) et de la culture andalouse (dans l’apparence colorée due à l’émaillage).

Technique de fabrication

L’émail est une poudre constituée de sable, de minium de potasse et de soude, à laquelle l’artisan rajoute des oxydes de concentration variable suivant la couleur souhaitée (bleu, vert ou jaune, qui contraste avec le rouge vif du corail). Soudés sur la base en argent, des fils en argent délimitent le motif destiné à être coloré. Enduit ensuite d’émail puis séché à l’air libre, le bijou est alors cuit au four afin de vitrifier l’émail. La concentration des oxydes et la température du four sont les deux variables principales déterminant le résultat final. L’artisan kabyle est donc un orfèvre dont l’expérience et la grande connaissance de son travail lui permettent d’obtenir de très subtiles variantes de couleurs. De plus, dans le cadre d’une fabrication majoritairement traditionnelle les bijoux sont travaillés sur une minuscule enclume, exigeant un doigté d’exception.

Il existe également d’autres techniques de conception, telles que la granulation, le filigrane, l’incision et la gravure sur plomb.
Certains bijoux sont entièrement émaillés, ils viennent d’Aït Yenni, tandis que d’autres ne le sont qu’en partie, avec des larges champs d’argent gravé, et sont fabriqués à Takka. Tous présentent des incrustations de corail et jusqu’il y a peu, les Kabyles se rendaient en Tunisie dans le golfe des Syrtes pour en chercher.
Fabriqués majoritairement par les hommes, les bijoux sont ensuite vendus par des femmes (souvent la mère de l’artisan).

Des bijoux variés aux usages multiples

Les sortes de bijoux les plus fréquents sont les broches (de front ou de poitrine) et fibules (il en existe de nombreux types suivant leur taille. Le tabzimt en particulier, grande fibule ronde qui se porte sur la poitrine, offert par le mari à son épouse lors de la première naissance, est la pièce maîtresse de la parure kabyle), les ceintures, colliers, bracelets, chevillières (de grandes dimensions et sans décoration émaillée sur le corps principal de l’objet), bagues et boucles d’oreilles. L’usage du diadème est le plus ancien mais également le plus rare aujourd’hui.
Traditionnellement, la parure de la mariée de Kabylie est constituée des bracelets, chevillières, boucles d’oreille, pendentif et diadème. Certains bijoux sont très lourds mais les femmes ne les enlevaient jamais.

Les bijoux peuvent être parfumés, par exemple les colliers de clous de girofle et de ssxab, réservés aux femmes mariées.

En plus de leur fonction esthétique, certains bijoux sont associés à des rites particuliers. Dans la tradition chaque bijou est porteur d’une signification. Un tel médaillon annoncera une naissance, un tel bracelet de pied indique que la fille qui le porte est célibataire, etc. De ce point de vue, le bijou est une idée abstraite transformée en objet concret par l’artisan. Ainsi lors de la circoncision d’un enfant sa mère attache-t-elle un bracelet de pied à son foulard de tête. Toujours lors du jour de la circoncision, on épingle sur la poitrine de l’enfant une agrafe ronde qu’il gardera ensuite un mois durant agrafée dans le dos. Plus tard, lorsque l’enfant aura fait son premier jour de jeûne, il mangera d’abord sept parcelles de beurre recueillies avec une boucle d’oreille ou un autre bijou en argent.
De fait certains bijoux ne sont même plus aujourd’hui considérés comme parure en tant que telle et n’ont plus qu’un rôle rituel, comme par exemple pour l’agrafe de laiton ronde ou encore le fil de cuivre que l’enfant portera en guise de boucle d’oreille gauche jusqu’à l’âge de un an.
Aucun bijou ne peut en théorie être porté pendant la période de deuil même si les agrafes, du fait de leur fonction pratique, sont tolérées.

L’artisanat kabyle, un patrimoine ancestral

Poterie kabyle
Poteries kabyles

L’artisanat traditionnel kabyle est ancestral. Aujourd’hui menacé suite au déclin de la société traditionnelle dont il était l’expression, il a longtemps été non seulement une source importante de revenu mais aussi le moyen d’expression d’un « peuple artiste ». Riche et varié, esthétique, nécessaires à la vie quotidienne, l’artisanat est conçu dans un but utilitaire ou esthétique et la croyance locale confère à nombre de produits des vertus protectrices. De la poterie au tissage en passant par la confection de bijoux, l’art kabyle de l’artisanat, riche des influences de l’Afrique, la Méditerranée et de l’Orient, constitue un remarquable patrimoine.

L’artisanat kabyle a historiquement joué un grand rôle économique et social, en s’inscrivant dans un système d’échange où chaque région ou société de Kabylie était spécialisée dans la production artisanal de tapis, poterie, bijoux, habits traditionnels… Dans un pays montagneux n’offrant que des possibilités limitées à l’agriculture, l’artisanat fut souvent pour les populations un complément de ressources indispensable. A chaque tribu ses artisans spécialisés : menuisiers, forgerons, orfèvres, potiers, tisserands, teinturiers… Certains de ces artisans avaient un niveau de vie relativement aisé et de gros villages manufacturiers pouvaient se développer en petites villes.

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Traditionnellement, les jours de marché au sein des villages permettaient aux artisans d’exposer et d’écouler leurs créations. Ils ont aujourd’hui fait place aux foires dans lesquelles on retrouve le principe de spécialisation : « fête du bijou » (Ath Yeni), « fête de la poterie » (Maatkas), « festival du tapis » (Ath Hicham). De plus, afin de dégager des bénéfices suffisants, les artisans ont dû écouler leurs produits au-delà de la Kabylie. C’est ainsi que certains kabyles, les colporteurs, se sont spécialisés dans le commerce, souvent itinérant, à travers toute l’Algérie jusqu’en Tunisie.

Plus qu’une simple activité économique, l’artisanat est un mode d’expression de la culture traditionnelle. Les différents signes et symboles qui ornent ses différentes formes se retrouve aussi dans les tatouages ou encore les décorations murales des maisons. Certains chercheurs pour désigner ces signes parlent d’une « écriture spécifiquement féminine », ésotérique, qui pourrait être une survivance d’une écriture originelle source des écritures alphabétiques méditerranéennes.

Cependant, la sauvegarde de cet art traditionnel n’est pas assuré et son avenir compromis. La transmission du savoir-faire d’une génération à l’autre n’est plus si évidente. Une partie de l’artisanat de la région n’a qu’un but non lucratif, et ne perdure que parce qu’il est une nécessité dans la vie quotidienne villageoise.

Or aujourd’hui, les transformations des structures villageoises en Kabylie et l’abandon par la société rurale de ses structures anciennes et de ses repères culturels provoquent de profonds bouleversements. Ces mutations se répercutent sur le mode de vie, de production et de consommation des familles et des groupes communautaires en montagne. Ainsi l’artisanat est abandonné peu à peu car les transformations sociales l’ont rendu obsolète et qu’il n’est pas perçu comme un outil de développement viable, en raison des difficultés croissantes d’en vivre.