Le bijou kabyle

A Ath Yenni, centre névralgique de l’artisanat traditionnel kabyle, et organisateur chaque année de la fête du bijou kabyle, on explique qu’Adam, chassé du Paradis, en colère contre sa femme Eve qui a succombé à la tentation du serpent, se retourna pour contempler une dernière fois le Paradis perdu. Il vit alors sa femme, une fleur piquée dans ses cheveux, et la trouva si belle qu’il en oublia sa colère. Ainsi naquit le bijou.

Le bijou kabyle, reconnaissable entre tous

Fleurons de l’artisanat kabyle, les bijoux sont réputés au Maghreb en raison de leurs couleurs vives et de leur raffinement. S’ils sont constitués d’argent à l’instar de tous les bijoux ruraux du Maghreb, ils sont également ornés de coraux méditerranéens ou d’émaux.Photos Touiza 039

L’origine de cette ornementation particulière à la Kabylie reste floue. Il est vraisemblable que ces techniques furent importées en Espagne par les Vandales et les Visigoths et perdurèrent après la conquête arabe. La technique des émaux fut ensuite définitivement fixée dans l’Espagne musulmane. Plus tard, suite à la Reconquista de la péninsule ibérique par les royaumes chrétiens, de nombreux artisans partirent s’établir en Tunisie, au Maroc et en Kabylie où ils importèrent ces modes de conception des bijoux.
Le bijou kabyle se caractérise donc par le mélange de la culture berbère (pour la forme et l’utilité) et de la culture andalouse (dans l’apparence colorée due à l’émaillage).

Technique de fabrication

L’émail est une poudre constituée de sable, de minium de potasse et de soude, à laquelle l’artisan rajoute des oxydes de concentration variable suivant la couleur souhaitée (bleu, vert ou jaune, qui contraste avec le rouge vif du corail). Soudés sur la base en argent, des fils en argent délimitent le motif destiné à être coloré. Enduit ensuite d’émail puis séché à l’air libre, le bijou est alors cuit au four afin de vitrifier l’émail. La concentration des oxydes et la température du four sont les deux variables principales déterminant le résultat final. L’artisan kabyle est donc un orfèvre dont l’expérience et la grande connaissance de son travail lui permettent d’obtenir de très subtiles variantes de couleurs. De plus, dans le cadre d’une fabrication majoritairement traditionnelle les bijoux sont travaillés sur une minuscule enclume, exigeant un doigté d’exception.

Il existe également d’autres techniques de conception, telles que la granulation, le filigrane, l’incision et la gravure sur plomb.
Certains bijoux sont entièrement émaillés, ils viennent d’Aït Yenni, tandis que d’autres ne le sont qu’en partie, avec des larges champs d’argent gravé, et sont fabriqués à Takka. Tous présentent des incrustations de corail et jusqu’il y a peu, les Kabyles se rendaient en Tunisie dans le golfe des Syrtes pour en chercher.
Fabriqués majoritairement par les hommes, les bijoux sont ensuite vendus par des femmes (souvent la mère de l’artisan).

Des bijoux variés aux usages multiples

Les sortes de bijoux les plus fréquents sont les broches (de front ou de poitrine) et fibules (il en existe de nombreux types suivant leur taille. Le tabzimt en particulier, grande fibule ronde qui se porte sur la poitrine, offert par le mari à son épouse lors de la première naissance, est la pièce maîtresse de la parure kabyle), les ceintures, colliers, bracelets, chevillières (de grandes dimensions et sans décoration émaillée sur le corps principal de l’objet), bagues et boucles d’oreilles. L’usage du diadème est le plus ancien mais également le plus rare aujourd’hui.
Traditionnellement, la parure de la mariée de Kabylie est constituée des bracelets, chevillières, boucles d’oreille, pendentif et diadème. Certains bijoux sont très lourds mais les femmes ne les enlevaient jamais.

Les bijoux peuvent être parfumés, par exemple les colliers de clous de girofle et de ssxab, réservés aux femmes mariées.

En plus de leur fonction esthétique, certains bijoux sont associés à des rites particuliers. Dans la tradition chaque bijou est porteur d’une signification. Un tel médaillon annoncera une naissance, un tel bracelet de pied indique que la fille qui le porte est célibataire, etc. De ce point de vue, le bijou est une idée abstraite transformée en objet concret par l’artisan. Ainsi lors de la circoncision d’un enfant sa mère attache-t-elle un bracelet de pied à son foulard de tête. Toujours lors du jour de la circoncision, on épingle sur la poitrine de l’enfant une agrafe ronde qu’il gardera ensuite un mois durant agrafée dans le dos. Plus tard, lorsque l’enfant aura fait son premier jour de jeûne, il mangera d’abord sept parcelles de beurre recueillies avec une boucle d’oreille ou un autre bijou en argent.
De fait certains bijoux ne sont même plus aujourd’hui considérés comme parure en tant que telle et n’ont plus qu’un rôle rituel, comme par exemple pour l’agrafe de laiton ronde ou encore le fil de cuivre que l’enfant portera en guise de boucle d’oreille gauche jusqu’à l’âge de un an.
Aucun bijou ne peut en théorie être porté pendant la période de deuil même si les agrafes, du fait de leur fonction pratique, sont tolérées.

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